Morin

Culpabilité

Vendredi 19 septembre 1969 – “Ce matin en rédigeant la fin de mes notes sur Monod, sentiment de béatitude. Je me sentais ramené au temps heureux de la méditation au bord de la Méditerranée, où déconnecté de tout, je laisais venir à moi ce qui m’importait vraiment. Ici, de par la grâce de John Hunt, de Monod, de Salk, me voici à nouveau déconnecté dans un oasis quasi méditerranéene, améné à réflechir sur ce qui m’intéresse le plus au monde, et en même temps je suis sur les lieux où ferment ce qui m’importe le plus au monde: logé, nourri, entretenu pour précisément revenir à moi-même et m´ouvrir sur le monde. Ce bonheur me jaillit si soudainement, si violemment, qu´il est rapidement suivi d´un malaise... Je me sens coupable d’être libre, de faire ce qui m’intéresse, et que cela me soit cadeau. Je n’ai payé ce bonheur ni par une maladie, ni par une sacrifice... Du moins pas encore (??)... Je me sens inquiet: tout se passe trop bien. Atavisme oriental (il faut se mefier quand ça va trop bien); angoisse à quoi se mêle ma culpabilité, chacune incitant l´autre.”
Edgar Morin. Le Journal de Californie. Paris, Éditions du Seuil, 1970. 

“LE DÉMON DE LA CULPABILITÉ – L’homme semble jusquà présent avoir besoin de coupable pour s’expliquer, localiser, réduire le mal. Disons du coup qu’il a besoin de la notion de mal, que celle-ci n’est pas seulement atteinte, lésion, mais aussi crime, péché. La désignation des coupables peut être institutionnalisée; elle s’effectue le plus souvent, sociologiquement, selon les lignes de rupture qui séparent les minorité de majorités, différents des semblables, déviants des normaux etc. L’intéressant est de voir combien facilment le Juif, le bossu, l’arabe deviennent les salauds, les immondes, c’est-à-dire les coupables. Dans les grandes orthodoxies, la culpabilité se fixe sur l’hérésie, qui devient l’expression même du démon. Le stalinisme avait un besoin majeur de traîtres, d’espions, c’est-à-dire des coupables integraux, pas seulement pour “duper” les masses, selon la naïve explication des opposants ou ennemis, mais par besoin psycho-affectif interne, qui transforme toute resistance du réel en compto diabolique. Dans les comportements quotidiens, chacun sécrète des coupables; à l’échelle élémentaire, le “ il ne veut pas comprendre” qu’on adresse à celui qui ne se satisfait pas des explications, introduit la mauvaise volonté, c’est-à-dire un début de culpabilité, dans l’incompréhension d’autrui. Le “il faut être mauvais foi” poursuit cette démarche, qui s’épanouit dans le “ tu sais que tu mens”. Ici, le processus de construction du salaud, nom populaire du coupable moderne, est accompli.”
Edgar Morin. Le vif du sujet. Paris, Édtions du Seuil, 1969.

“Je me suis senti sourdement coupable après la mort de ma mère. Aussi mon éthique a-t-elle certainement une source subjetive “névrotique”: d’une part, la conscience coupable m’a fait aspirer à la rédemption par l’épreuve ou le sacrifice; d’autre part, l’hémorragie d’amour déclanchée par la mort de la mère m’avoué à la recherche éperdue de la communion, de la ferveur, de l’adoration.”
Edgar Morin. Mes Démons. Paris, Éditions Stock, 1994.

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